Nairobi, 6 juillet 2025 — Un groupe armé a pris d’assaut ce dimanche les locaux de la Commission kényane des droits de l’homme à Nairobi, interrompant violemment une conférence de presse dénonçant les violences étatiques et appelant à la justice sociale. L’incident intervient dans un climat politique particulièrement tendu, à la veille de la Journée Saba Saba, hautement symbolique au Kenya.
Une attaque ciblée et brutale
Selon des journalistes de l’Agence France-Presse présents sur les lieux, l’attaque a été rapide et violente. La porte principale, bien que verrouillée, a été forcée. Les assaillants, armés de matraques, ont agressé et dépouillé les participants tout en accusant les organisateurs de « préparer des manifestations ».
« Ils criaient que nous fomentions des protestations ici », rapporte un journaliste témoin de la scène.
La conférence de presse devait annoncer une série d’actions pacifiques prévues pour la Journée Saba Saba, une date marquant les luttes démocratiques des années 1990 contre le régime autoritaire de Daniel arap Moi.
Contexte explosif : le spectre de la violence politique
L’attaque survient dans un climat d’agitation sociale croissante. Le pays est secoué par une vague de manifestations contre la brutalité policière, la corruption généralisée et la dégradation des conditions de vie.
Au mois de juin, plusieurs mobilisations citoyennes ont été brutalement réprimées. Des violences ont éclaté dans plusieurs villes, provoquant au moins 19 morts. Le déploiement de milices pro-gouvernementales — communément appelées « voyous » — a été observé à plusieurs reprises.
Des milices privées soutenues par la police ?
Le 17 juin dernier, une marche pacifique contre les violences policières a été attaquée par des centaines d’hommes à moto, armés de fouets et de bâtons. D’après des journalistes sur place, ces groupes opéraient en toute impunité, parfois sous la protection directe des forces de l’ordre.
Certains assaillants ont même reconnu avoir été rémunérés par des élus ou des responsables administratifs locaux pour « faire le sale boulot ».
Saba Saba : une journée de mémoire et de revendications
La Journée Saba Saba (« sept sept » en swahili), célébrée chaque 7 juillet, fait référence aux grandes manifestations pro-démocratie de 1990. Elle symbolise le combat pour un système multipartite dans un Kenya alors dirigé d’une main de fer par Daniel arap Moi.
Aujourd’hui, cette date prend une dimension nouvelle. Les citoyens dénoncent une dérive autoritaire du pouvoir, alimentée par une crise économique persistante et des scandales de corruption à répétition impliquant l’élite dirigeante.
Une démocratie à l’épreuve
Alors que le pays s’apprête à commémorer un tournant historique vers la démocratie, les événements récents soulignent les fractures persistantes dans la société kényane. L’attaque contre la Commission des droits de l’homme illustre le recul des libertés fondamentales et la montée des tensions politiques.
La communauté internationale observe avec inquiétude cette situation, qui remet en question les avancées démocratiques obtenues au prix de décennies de lutte. À la veille du Saba Saba, la société civile appelle à la vigilance, à la solidarité, et surtout à un retour à l’État de droit.